LES PERSONNES VIVANT AVEC LE VIH

LES PERSONNES VIVANT AVEC LE VIH

Rédigé le 01/08/2019
ALAIN LEOBON


Ces analyses secondaires portent sur les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) parmi les répondants français du NGB 2013-14 et cherchent à dégager les variables associées à un sous-groupe au profil biomédical non optimal. 

Les répondants porteurs du VIH sont divisés en 4 groupes mutuellement exclusifs : 1) ceux qui ont des relations anales protégées avec leurs partenaires occasionnels (groupe de référence) et, parmi ceux qui déclarent des pénétrations anales non protégées (PANP) avec le préservatif : 2) ceux qui ont un profil biomédical optimal (un traitement/une charge virale indétectable), 3) ceux dont le profil biomédical non optimal est à faible risque de transmission du VIH et 4) à fort risque de transmission du VIH. Cette construction permet de prédire quelles variables rendent plus probables le fait d’appartenir à tel ou tel groupe et d’ajuster les interventions à leurs endroits.

Léobon A., Chicoine Brathwaite Y., Otis J., 2016, Portrait et caractéristiques distinctives des répondants VIH+ au regard de leur profil biomédical selon la 4e édition du Net gay baromètre, 8e conférence francophone sur le VIH/HÉPATITES AFRAVIH2014, Bruxelles, Belgique, du 20 au 23 avril.

Cadre théorique/Approche méthodologique
Parmi les répondants du NGB (N.= 16 963), 1751 se déclarent porteurs du VIH (PVIH) et avoir rencontré des partenaires occasionnels (P.O) dans les 12 derniers mois. Ces derniers sont segmentés en quatre groupes tenant compte de leur déclaration du maintien du port du préservatif lors de relations anales avec des P.O et de leur profil biomédical* (PB) : 1) Le Grp. A (n=354) regroupe les répondants PVVIH ne déclarant ni de PANP ni de plans bareback (PB) avec leurs P.O, 2) le Grp.B (n=535) est constitué des répondants PVVIH déclarant des PANP ou PB avec des P.O alors qu’ils sont sous traitement, avec une charge virale indétectable et sans contraction d’IST dans les 12 derniers mois, le Grp.C (n=754) étant divisé en deux sous-groupes, 3) le Groupe C1 constitué majoritairement de PVVIH ayant déclaré avoir contracté une IST mais se trouvant sous traitement en conservant une charge virale indétectable (N= 547) puis 4) le groupe C2 (N=207) constitué de PVVIH pouvant soit ne pas être sous traitement, soit avoir une charge virale détectable.

La première partie des analyses propose une régression logistique polytomique multivariée, permettant de contraster les Grp.B et C au Grp.A. La seconde partie questionne, dans un tableau croisé, l’homogénéité du Groupe C, constitué d’une majorité de PVVIH à faible risque de contraction du VIH et d’une part moins importante de PVIH à fort risque de transmission du VIH auquel nous porterons une plus grande attention.

Résultats/Observations 
L’analyse montre que les Grp B et C partagent bien des facteurs associés communs, pour lesquels le groupe C présente en général des ratios de cote plus élevés.
Par ex. les répondants déclarant un sentiment d’appartenance au milieu gay, un plus grand nombre de Part.O, des pratiques sexuelles marginales, des préoccupations sur la sexualité compulsive, sur le dépistage des IST, sur l’hépatite C, sont plus susceptibles d’appartenir aux groupes B et C.
Certaines variables marquent la probabilité d’appartenir au Grp.C : par ex. avoir un faible niveau d’éducation, être porteur du VHC, faire partie de minorités visibles, fréquenter les lieux de rencontres sexuelles gay, consommer des drogues associées au Chem’Sexe et partager des seringues dans ce contexte.
La segmentation du Groupe C* nous montre une certaine hétérogénéité de ce groupe. En effet, les PVVIH à fort risque de transmission (C2) se distinguent par le fait : d’être plus jeunes (36,2 vs 43 [10 fois plus nombreux à être âgés de 16-24ans]), plus souvent sans emploi (16,0 % vs 9,7 %), en couple avec un partenaire dont la dernière charge virale est détectable (25,6 % vs 7,3), de prendre des risques dans la vie (50,5 % versus 44,6 %), de consommer des substances lors de Slam Party (15,2 %, vs 8,2 %), de déclarer des relations sexuelles tarifées (23,3 % vs 14,3 %), de consommer lors de ces plans tarifés (10,5 % vs 3,2 %), et deux fois plus souvent, de participer à des Slam-Party, comme d’y partager des seringues et, conséquemment, ils rapportent plus fréquemment être porteur du VHC. Ils sont aussi plus nombreux se sentir discriminé au regard du travail du sexe (8,7 % vs 1,8 %), à avoir été injurié ou agressé dans 12 derniers mois (35,0 % vs 22,9).
* Pour l’ensemble des résultats présenté : P<0,005

Conclusion - discussion
Selon cette analyse, les participants aux NGB PVIH au « profil biomédical problématique » présentent en général des ratios de cote plus élevés sur nombre de facteurs associés à leurs modes de vie, santé sexuelle et préoccupations, les analyses secondaires soulignent que, parmi eux, ce sont les PVVIP « à fort risque de transmission du VIH » qui nécessitent la plus d’attention et une prise en charge adaptée.
Dans un contexte de diversification des stratégies de prévention, et de mise en avant de la prévention diversifiée, nous pouvons nous questionner sur les stratégies et formes d’interventions à proposer aux HSH séropositifs pour les outiller dans leurs interactions avec des partenaires occasionnels séronégatifs ou de statut sérologique inconnu.
Les formes d’abandons les PVVIH « à fort risque de transmission du VIH », questionnent, étant sans ou en échec de leurs traitements et exposent leurs partenaires, étant plus nombreux à ne pas chercher à en connaître le statut.


LEOBON_PVVIH_AFRAVIH2016.pdf LEOBON_PVVIH_AFRAVIH2016