DISCRIMINATIONS RAPPORTÉES

DISCRIMINATIONS RAPPORTÉES

Rédigé le 12/10/2019
ALAIN LEOBON


Rappelons que la communauté européenne protège, par sa législation, les personnes de minorité sexuelle ou de genre et plus globalement la communauté LGBTQ+.
Cependant si la loi protège, l’acceptation sociale n’est pas toujours au rendez-vous et les discriminations restent souvent à l’œuvre et varient selon les pays de l’union et leurs cultures propres.
Nous vous communiquons aujourd’hui quelques chiffres qui concernent donc la France et sont issus de la dernière édition du Net Gay Baromètre* (2018).

1 — INTRODUCTION

En France, le « mariage pour tous » a ravivé  les propos et comportements homophobes et nous rappelle que l’orientation sexuelle reste bien au cœur de la matrice de domination des minorités sexuelles. Or, particulièrement pour les personnes LGBTQ+, le sentiment de discrimination peut se construire de manière additive ou intersectionnelle et concerner d’autres catégories d’oppression : les origines ethnoculturelles ou l’identité de genre, être porteur du VIH, le travail du sexe, mais aussi l’image corporelle ou certaines « attitudes » faisant l’objet des pressions normatives.

Ainsi, pour mieux comprendre ce phénomène et ses conséquences psychosociales et sur la santé mentale ou le bien-être des personnes LGBTQ+, le Net Gay Baromètre, a questionné, dans ses éditions 2013 et 2018, le sentiment de discrimination ressenti par catégories d’oppression (ou de stigmatisation) en regardant les espaces où elles opèrent : l’école, le travail, le « milieu gay », Internet, etc.

Mettons à jour les résultats du Net Gay Baromètre sur sa dernière édition (2018) : quels sont les objets de discriminations les plus souvent rapportés par les participants : que savons-nous ?

2 — LES OBJETS DE DISCRIMINATIONS RAPPORTÉS

Le NGB 2019 questionne les répondants sur onze objets de discrimination.

Les entrées les plus fréquemment rapportées (du fait de concerner le plus grand nombre) sont les discriminations 1) en raison de son âge (31,3 %), 2) en raison de son apparence (26 %), 3) en raison de son orientation sexuelle (24 %), 4) en raison d’un certain surpoids (18,7 %), 5) du fait d’avoir des manières (13,6 %), et 6) en raison de sa classe sociale (7,5 %).

Les autres objets, moins fréquemment rapportés par les répondants, concernent les discriminations ressenties 7) du fait de ses origines ethniques/cultuelles (5,4 %), 8) du fait d’être porteur·se du VIH (4,5 %), 9) du fait de sa religion (3,1 %), 10) en raison de son identité de genre (2,8 %) et enfin, 11) du fait d’être engagé dans le travail du sexe (1,4 %),

Les discriminations portant sur l’image corporelle ou l’âge s’inscrivent plus fréquemment dans le milieu gay identitaire et sur les réseaux sociaux, ces espaces favorisant les interactions sociosexuelles.

3 — DISCUSSION

Ces résultats confirment que notre échantillon est composé de sous-populations, aux profils plus vulnérables ou plus marginalisés, qui subissent de manière concomitante une ou plusieurs catégories d’oppressions dans des contextes spatiaux parfois généralisés (30,9 %) et parfois distincts et circonscrits à l’école au milieu de travail au milieu gay ou aux échanges sur Internet.

Les facteurs associés au fait de se sentir discriminés varient selon les sous-populations (ex. : les jeunes HSH, les Personnes vivant avec le VIH, les travailleurs du sexe, etc.). Ils révèlent des problématiques psychosociales et de santé mentale : par exemple se sentir déprimé ou avoir des idées suicidaires affecte plus souvent les plus « multidiscriminés » que les « unidiscriminés » ou que les « non discriminés ».

4 — CONTACT DE L’ÉQUIPE DE RECHERCHE

CNRS - Université du Québec à Montréal.

0805 69 69 33 — alain.leobon@univ-rennes2.fr

NOTES & RAPPEL sur le NET GAY BAROMÈTRE 2018

* Au 1er décembre 2018, le Net Gay Baromètre avait réuni 10 199 questionnaires entièrement complétés dont 6111 provenaient des réseaux sociaux, 2198 de deux sites de rencontres gays généralistes, 1568 du site BDSM SMBOY et 257 d’un site bareback. Les chiffres présentés ici proviennent de l’analyse préliminaire portant sur ces 10 199 questionnaires entièrement complétés.