SYNTHÈSE DES RÉSULTATS DU NGB#5

SYNTHÈSE DES RÉSULTATS DU NGB#5

Rédigé le 30/04/2020
ALAIN LEOBON


Ce résumé présente les résultats généraux de l’édition française du NGB 2018 et porte sur les 10 790 participants  ayant complété en totalité le questionnaire et qui furent recrutés entre décembre 2017 et avril 2019. La pièce jointe vous donne plus d'informations.

Profil sociodémographique
La majorité des répondants ont été recrutés sur Facebook (59,4%), le reste ayant été recruté sur des sites de rencontres destinés aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) soit : généralistes (21,5%), d’intérêt « bondage, discipline, sadomasochisme » ou BDSM (15,1%), ou encore d’intérêt pour la pratique du bareback (4,0%).
Les participants ont en moyenne près de 39 ans (écart d’un peu plus d’un an et de demi avec la moyenne d’âge des hommes français selon l’INSEE, 2020). Les hommes cis (nés de sexe masculin et ayant un sentiment d’appartenance au genre masculin) constituent 95,0% de l’échantillon, alors que les personnes trans et non binaires en représentent 4,0%.
La majorité des répondants résident dans un centre urbain (64,4%) ou une banlieue (23,3 %). La proportion de ceux résidant en milieu rural (7,3%) ou isolé (4,6%) est moindre. La région parisienne semble légèrement surreprésentée par rapport aux données INSEE pour à la population masculine, soit 26,2% versus 18,9%. Seuls 6,7% des répondants sont nés à l’étranger, alors que 8% rapportent être identifiés par les autres comme « appartenant à une minorité visible ». Une majorité (66,2%) a complété des études universitaires, la moitié (50,2%) de l’échantillon ayant des revenus confortables (d’au moins 1 600€ net par mois). Une minorité (7,2%) est d’ailleurs sans emploi.
Parmi les 44,6% qui sont en couple, pacsés ou mariés, 78,9% le sont avec un homme, ce qui s’approche des 77,3% des répondants d’orientation homosexuelle. La moitié (50,8%) a d’ailleurs maintenu ou développé une relation stable avec un homme dans les 12 derniers mois. 

Profil sociosexuel
Un peu plus d’un tiers des répondants (38%) rapportent un sentiment d’appartenance à la communauté lesbienne, gay, trans, queer et intersexe (LGBTQI). Précisons d’ailleurs que 21,4% n’ont divulgué à personne leurs relations sexuelles avec des hommes. Une faible proportion de l’échantillon indique éprouver de l’attirance pour les hommes trans (17,0%) ou les femmes trans (7,6%). Un peu moins du quart des répondants (23,4%) dit fréquenter régulièrement les lieux chargés sexuellement à des fins de rencontre.
De façon peu surprenante, une majorité des participants dit avoir un compte sur les réseaux sociaux (88,6%) ou sur les applications de rencontre (63,7%), qui formaient tout de même la base du recrutement des participants du NGB 2018. Si 97,2% ont été actifs sexuellement dans les 12 derniers mois, 88,2% disent l’avoir été avec au moins un partenaire occasionnel masculin. Ces derniers rapportent avoir eu près de 20 partenaires occasionnels masculins distincts durant les 12 derniers mois, dont près de 12 ont été rencontrés en ligne. 

Santé sexuelle et réduction des risques
Lors de ces rencontres avec des partenaires occasionnels masculins dans les 12 derniers mois, parmi les 80% qui pratiquaient la pénétration anale (active ou passive), 41,4% le faisaient régulièrement (de parfois à toujours) sans préservatif.
Ces pénétrations non protégées (PNP) avaient lieu dans 1% des cas de sérodivergence certaine (ex. : personne séropositive à charge détectable avec partenaire séronégatif sans protection) et 23,6% des cas de sérodivergence possible (ex. : personne dont le statut VIH est inconnu [séroinconnu] avec partenaire ne prenant pas la PrEP, ou vice-versa). Notons d’ailleurs que les seules personnes étant considérées comme séroconvergentes à travers toutes les configurations sont soit séropositives à charge indétectable, soit séronégatives prenant la PrEP. 
En ce qui concerne le VIH, 55,8% des répondants de l’échantillon rapportent avoir fait un test de dépistage au cours des 12 derniers mois, alors que 16,2% ne connaissent pas, à ce jour, leur statut sérologique. Parmi ces derniers, en moyenne 13,6% ne sont plus certain d’être séronégatifs au VIH ou pensent pouvoir être séropositifs. Parmi tous les participants, 9,8% se déclarent porteurs du VIH et 95,8% des personnes séropositives reçoivent un traitement pour leur infection au VIH. Parmi les porteurs du VIH, 3,3% déclarent une charge virale détectable.
Parmi les participants dépistés pour l’hépatite C, 5,0% sont porteurs du VHC. Sur le plan des infections transmissibles sexuellement et par le sang (IST), près d’un quart (24,5%) des participants ont déclaré avoir contracté au moins une IST (excluant le VIH et l’hépatite C) dans l’année. Parmi la moitié (50,8%) des répondants qui ont développé ou maintenu une relation stable avec un homme dans les 12 derniers mois, 77,1% d’entre eux connaissent la sérologie de leur partenaire et 10,2% de ces derniers sont séropositifs au VIH. 

Stratégies de réduction des risques
Pour ce qui est des stratégies de réduction des risques (au regard du VIH et des IST) les plus fréquemment rapportées par l’ensemble des répondants, l’utilisation de préservatifs et de lubrifiant reste prédominante (83,2%) suivie du retrait avant l’éjaculation (52,5%), de la sécurité négociée (51%), de l’adaptation de l’usage du préservatif en fonction du type de partenaire et des lieux de rencontre (45%).
La réduction du nombre de partenaires, le sérotriage, la consommation de substances à moindre risque, ou la considération de la charge virale, sont assez logiquement moins souvent adoptées, concernant moins de 41,2% de participants. Enfin, la PrEP (« je suis ou mes partenaires sont sous PrEP ») arrive en dernier, adoptée de parfois à toujours par 14,3% des participants. Nous savons d’ailleurs que 7,5% des répondants utilisent la PrEP, dont un peu moins de la moitié (44,2%) de façon continue.

Consommation de substances psychoactives
Si 33,1% des répondants déclarent avoir consommé au moins une substance psychoactive autre que l’alcool dans les 12 derniers mois, plus d’un tiers d’entre eux rapportent avoir parfois ou souvent (36,3%) consommé plusieurs drogues à une même occasion.
Lorsque l’on observe ceux qui ont consommé au moins une substance dite « dure » (c’est-à-dire excluant alcool, cannabis, poppers et viagra, dans les 12 derniers mois), on remarque que 47,4% de ceux-ci l’on fait en contexte sexuel, soit 8,3% de l’échantillon global.

Travail du sexe
Dans les 12 derniers mois, 11,5% des répondants ont eu recours au travail du sexe, que ce soit en tant que travailleur·se (TDS) ou client. Il y a sensiblement autant de participants qui indiquent la plupart du temps recevoir compensation (46,2%) que proposer compensation (46,0%) dans le cadre du travail du sexe. L’activité de travail du sexe n’est rapportée comme source importante de revenu que par le quart (24,9%) des TDS. On remarque que les cas de « sérodivergence possible » dans le cadre du travail du sexe sont similaires à ceux rapportés avec les partenaires occasionnels masculins par l’ensemble de l’échantillon (23,6%), que ce soit pour les TDS (25,8%) ou les clients (17,1%). Les cas de sérodivergence certaine y sont même moins fréquents (0,0% et 0,6%), ce qui peut impliquer que les personnes ayant recours au travail du sexe sont mieux sensibilisées à la prévention face au VIH. 

Profil psychosocial, santé mentale et discriminations
Malgré une satisfaction globale de la majorité quant à leur apparence physique (65,8%), la santé mentale des répondants ne semble pas des plus optimales pour les 12 derniers mois. En effet, 41,3% disent s’être sentis seuls, 40,1% s’être sentis déprimés et 14,0% ont eu des idées suicidaires. Les discriminations vécues par ces derniers peuvent représenter une partie du problème.
Ainsi, le NGB 2018 questionne les répondants sur onze catégories d’oppression (ou de stigmatisation) en regardant les espaces où elles opèrent : l’école, le travail, le quartier, le milieu gay, Internet, l’espace public, etc. Les discriminations les plus fréquemment rapportées sont 1) en raison de son âge (30,7%), 2) en raison de son apparence (26,9%), 3) en raison de son orientation sexuelle (24,3%), 4) d’un surpoids (19,1%), et 5) du fait d’avoir des « manières » (13,9%).
Les autres objets, moins fréquemment rapportés par les répondants, concernent les discriminations ressenties 6) en raison de la classe sociale (7,6%) 7) du fait de ses origines ethniques/cultuelles (5,8%), 8) du fait d’être porteur·se du VIH (4,8%), 9) du fait de sa religion (3,2%), 10) en raison de son identité de genre (3,0%) et enfin, 11) du fait d’être engagé dans le travail du sexe (1,6%). Les discriminations portant sur l’image corporelle ou l’âge s’inscrivent plus fréquemment dans le milieu gay identitaire et sur les réseaux sociaux, ces espaces favorisant les interactions sociosexuelles. De plus, à la question : « Ces 12 derniers mois, avez-vous été insulté·e ou agressé·e en raison de votre orientation sexuelle ? », près du quart des répondants. De plus, à la question : « Ces 12 derniers mois, avez-vous été insulté·e ou agressé·e en raison de votre orientation sexuelle ? », près du quart des répondants (23,8%) déclarent avoir été insultés et 3,0% avoir été agressés.

Participation des personnes trans et non binaires dans l’échantillon
Dans l’échantillon, rappelons que 2,1% des participant·e·s s’identifiaient comme non binaires, 1,4% comme hommes trans et 0,5% comme femmes trans. L’âge des répondant·e·s de diversité de genre varie fortement selon les groupes : les hommes trans ont en moyenne 23 ans, les personnes non binaires autour de 35 ans alors que les femmes trans ont en moyenne 44 ans. Cela s’explique du fait de l’influence du lieu de recrutement, mais aussi d’une appropriation plus récente du processus de transition chez les hommes trans.
Étant près de la moitié à déclarer être en relation de couple avec un homme, les hommes trans rapportent un fort sentiment d’appartenance à la communauté LGBTQI (79,3%). Que ne le font les personnes non binaires ou les femmes trans, (respectivement 49,2% et 47,2%).

Sur le plan de leurs aventures avec des partenaires occasionnels masculins, les hommes trans rapportent, dans les 12 derniers mois, en moyenne moins de 5 partenaires alors que les femmes trans en rapportent près de 30 et les personnes non binaires environ 15. Les lieux de rencontre chargés sexuellement sont fréquentés par 30,8% des femmes trans, 20% des personnes non binaires et le sont très rarement par les hommes trans (6,7%).

Les pénétrations anales ou vaginales « régulièrement non protégées par le préservatif » avec des partenaires occasionnels masculins sont déclarées par 44,2% des femmes trans et par 37,7% des personnes non binaires, alors qu’elles ne sont rapportées que par moins du quart des hommes trans.
Parmi les répondant·e·s de diversité de genre ayant passé un test de dépistage, aucun homme trans ne déclare être porteur du VIH alors que les femmes trans sont 10,8 % à vivre avec le VIH. Deux fois plus nombreuses que les hommes cis à être porteuses du VHC (8,5% vs 4,9%), les femmes trans sont 20% à rapporter avoir contracté au moins une IST dans l’année. Près du tiers des femmes trans sont travailleuses du sexe, 18,5% rapportent consommer des drogues dures en contexte sexuel et 60% d’entre elles se disent généralement en recherche de sensations fortes. Les hommes trans ont un profil de risque moins prononcé.

La majorité des personnes en processus de transition se définissent comme des hommes trans (fille à la naissance s’identifiant présentement comme un homme cis ou trans), dont 100% ont été recrutés sur FB. En effet, 81,3 % des hommes trans déclarent être dans cette démarche, même si à peine plus de la moitié sont sous traitement hormonal et qu’un quart (25,6%) ont subi au moins une intervention chirurgicale (mastectomie, laryngoplastie, chirurgie esthétique du visage, injection de silicone ou chirurgie génitale). Une minorité des hommes trans (10,1%) ont subi une intervention chirurgicale des organes génitaux.

Les Femmes trans, plus âgées en moyenne que les hommes trans sont logiquement  moins nombreuses à être engagées dans un processus de transition (40,7%), à prendre des hormones (44,4%) ou à avoir subi au moins une intervention chirurgicale (16,7% : augmentation mammaire, laryngoplastie, chirurgie esthétique du visage, injection de silicone ou chirurgie génitale).


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